Poireaux, en vert et contre tout

Creusot mon amour

Si vous avez suivi notre saison l’année dernière et celle de cette année, vous avez sûrement remarqué que nous faisons beaucoup moins de courses en 2019 qu’en 2018. Mais s’il y a bien un circuit que nous ne voulions pas louper, c’est celui du Creusot. Pourtant ça doit être le circuit le plus physique du championnat. Imaginez un circuit court de 800m avec une dizaine de virages/cassures. Si en plus vous rajoutez le fait que l’épreuve se déroule souvent sous des températures très (trop?) élevées, cette manche peut devenir un enfer. On doit pas avoir la lumière à toutes les étages.

Séance d’essais sous un soleil de plomb

A l’arrach

C’était donc la troisième fois que nous venions en terre bourguignonne. (Vous pouvez d’ailleurs relire nos péripéties ici et ). Contrairement aux années précédentes, nous ne pouvions pas rouler le vendredi (il parait qu’il faut travailler dans la vie 😉 ). Seb et Michel partent quand même le vendredi matin pour poser le camion et récupérer le gite. Au passage ils récupèrent Claire, et Céline les rejoindra sur le circuit. Nous avions l’habitude d’être proches des paddocks, sauf que le week-end de pont a permis à beaucoup de pilotes (voire tous) d’arriver avant nous. Nous plantons donc notre camion dans un champ, face à une vue magnifique sur les vallons de la Bourgogne. Enfin, je dis nous, mais je viens de partir avec Aurélien lorsque ceux sur places s’aperçoivent qu’on a oublié les pans du barnum. Plus deux trois autres trucs. Et oui, il faut toujours vérifier la check-list avant de déclarer le chargement fini. Heureusement Seb s’est aperçu à temps qu’il manquait l’étagère sèche-casque.

Notre camion s’ébroue dans un champ après de longues heures de route

Une arrivée à 23h30 voit le stock de bières bien entamé par le reste de l’équipe. Heureusement qu’on a prévu un gros stock. Nous profitons du calme et de l’absence de pollution lumineuse pour admirer le ciel étoilé. Michel et Seb ont déjà vu une très belle étoile filante plus tôt, et coup de bol, j’en vois aussi une. Seb et moi faisons un vœu. On a beau ne pas y croire, ça serait dommage de ne pas tenter 😉

On dirait le sud (mais en plus chaud)

Oui, le Creusot c’est le nord. Sauf que dès le samedi il y faisait plus chaud que chez nous. Le programme était léger le samedi : contrôles administratifs et techniques, briefing et deux roulages de 30mn : un essai et une qualif.

Nous décidons d’envoyer Aurélien en première ligne, avec un poil plus de temps de roulage pour les essais. Il va falloir déterminer si le MC monté et la démul sont corrects. Il ne rentre pas au bout de 2 tours, donc on doit être pas trop mal pour le freinage. La chaleur est déjà écrasante et au bout de 12mn, c’est un pilote liquéfié qui refile le guidon à Seb qui démarre très fort. Il est dans ses chronos de l’année dernière. Je profite des dernières minutes de la session pour me remettre en jambes, et pour changer je suis crispé comme à chaque premier roulage du week-end.

A la fin de l’essai, on valide le freinage mais on décide de ne pas faire la même erreur qu’au Coteau et on retire une dent au pignon.

Pour les qualifs, on décide de ne pas faire 10mn chacun mais de couper les sessions en deux fois 15mn. Vilo est chaud patate pour ne pas faire celle du dimanche matin (marmotte inside), et Seb s’en fiche de ne plus rouler le samedi. Chouette, je vais avoir double séance.

« Les chacals qui me talonnaient sentaient que le soleil avait eu raison de mes dernières forces… mais ma vaillante monture avait encore de la ressource »

Aurélien s’élance en premier et trouve assez vite le mode d’emploi pour claquer des tours en 48. (je vous ai déjà dit que ce jeune homme pouvait être énervant ? ). J’ai quand même à cœur de faire aussi bien que lui, et surtout de nous qualifier en bonne position. Le premier objectif est atteint de 3 dixièmes, mais pour le second c’est moins bien. Nous sommes pour l’instant 20ème sur 30 au scratch et 15ème sur 20 en catégorie moins de 15cv. Ce qui est bien mais pas top.

Par contre la chaleur a rincé Aurélien qui n’est pas très vaillant au retour au gîte. Heureusement, l’association de paracétamol et de saucisson nous le remet vite sur pied et on retrouve notre joyeux compagnon. Heureusement car il faut parler départ. Ou plutôt il faut lui parler de SON départ. Fini de regarder le début de la course depuis les stands, en short. Il sera au cœur de l’action dès les premières secondes. Son flegme apparent se fissure un peu. Pour le rassurer, nous lui fournissons de précieux conseils : ne tombe pas, évite les autres, reste sur tes roues et ne mets pas la moto par terre (plus quelques vrais conseils, mais chut, c’est un secret).

Au coucher de soleil, la température baisse enfin

La soirée se passe entre bières, massages (encore merci Michel), câlins au chat du gîte et promenade à la fraiche.

Chaud le Creusot, chaud !

Dimanche matin, Seb, Michel et moi-même profitons un peu de la fraicheur avant de partir pour le circuit. Alors oui, nous avons décidé de zapper le warm-up à 8h du mat. Ce qui aurait dit un départ du gîte à 6h30. Je vous laisse imaginer notre gueule enfarinée si le réveil avait sonné à 5h22.

Nous arrivons donc pour les secondes qualifs. Seb voulant partir en premier, je le laisse faire. Surtout que ça m’arrange. La température est moins élevée que le samedi après midi, pourtant Seb n’améliore pas. Je ne peux trop rien dire car mes chronos restent aussi bloqués en 49. Un passage pour aller voir la grille de départ nous apprend que nous sommes 24èmes au scratch… mais toujours 15ème de catégorie. Aucun 15cv n’a fait mieux, ce qui est un peu rassurant. Le côté positif d’être 24 sur 30, c’est qu’Aurélien ne pourra pas perdre trop de places s’il foire son départ (Spoiler : ce n’est pas le cas)

Les autres loustics arrivent alors et nous préparons notre box. Vu que notre base de vie est loin, on est obligé d’utiliser le camion et de décharger à l’arrach avec la température qui monte. Heureusement qu’un petit vent frais nous permettra de faire une sieste réparatrice sur l’herbe douce et confortable mais néanmoins bourguignonne.

Au cœur de la meute, la tension monte doucement

Il est l’heure de se préparer. Enfin, surtout pour Aurélien et Seb. Il me reste une heure avant de rouler, et vu que le mercure monte de plus en plus, je vais conserver short et tongs. Aurélien n’en mène pas large, ce qui a un effet apaisant sur moi, et stressant sur Seb. Tour de chauffe, Aurélien semble bien. Il est concentré. Le drapeau rouge sort de piste et c’est enfin la libération. A l’intérieur à la première cassure, Aurélien arrive à se décaler pour faire l’exter au premier virage. Il n’y gagne pas de temps, mais cela lui permet d’être bien positionné pour le second virage et de gratter quelques places vu qu’il ressort 22ème. La course est lancée, et il enchaine les tours.

Crédit photo : Le Gun Production

Ses chronos sont tout de suite dans le rythme des qualifs et il grappille quelques places pour pointer vingtième. Suite à un accrochage entre deux pilotes la Safety Car sort. Ces quelques tours à un rythme plus lent décident Michel : Aurélien fera un relais de 26mn. Vu la température, la gestion de la fatigue des pilotes est la priorité.

Au milieu de son relais, le live timing tombe en rade, nous sommes dans le flou concernant notre position. Aurélien passe le relais à Seb qui lui aussi rentre rapidement dans le rythme. Il va enchainer lui aussi une trentaine de tours, soit un peu plus de 25 minutes.

Crédit photo : Le Gun Production

Puis vient mon tour. Mon côté bûcheron jurassien incite Michel à me prévoir un relais de presque 30mn. Je serai la variable d’ajustement. Je rentre aussi rapidement dans le bain. Tout comme mes coéquipiers, j’arrive à doubler au bout d’un virage ou deux. Ce circuit nous convient bien et aucun de nous n’a perdu de temps.

Crédit photo : Le Gun Production

Autre caractéristique commune des 3 pilotes de la Poirsouille Endurance Team : la régularité. J’anticipe un peu sur la fin, mais sur les 9 relais de la course, la différence de moyenne entre le relais le plus lent et celui le plus rapide est de 1 seconde et 13 centièmes. Et c’est ce qui a fait notre force. Certains pilotes étaient plus rapides, mais toutes les équipes n’étaient pas homogènes. Cette régularité nous a permis de gagner des places. A ce moment là nous ne savions pas encore quelle était notre position. Nous l’estimions dans les 16/18.

La réponse fut donnée pendant le second relais d’Aurélien. Nous n’étions pas 18, ni même 16 mais 12èmes !!!

Crédit photo : Le Gun Production

Pour la première fois en course, nous avions une bonne place sans avoir bénéficié de faits de course. Il fallait à tout prix la conserver. Le live timing nous a permis de savoir l’écart entre nos concurrents, et de le gérer. Le fait que nous soyons dans les mêmes chronos laissait la latitude à Michel pour organiser les relais en fonction de l’état de forme des pilotes. Bilan, la deuxième vague de relais a été identique à la première. Nous attaquons alors le dernier tiers de la course avec de la marge : aucun besoin de faire des relais de 30mn. Aurélien accusant la fatigue, Michel le laisse tourner pendant 22 minutes. Seb part ensuite pour ses derniers tours de piste. A un moment, sa fatigue se ressent et Michel écourte de quelques minutes le relais.

Crédit photo : Le Gun Production

Michel a aussi pris la décision de gagner une trentaine de secondes en ne ravitaillant pas. En effet, la conso en qualifs nous laissait de la marge (même si cela ne me rassurait pas de devoir pousser en plein cagnard).

Crédit photo : Le Gun Production

Le team devant nous ayant chuté, nous sommes 11èmes. Je n’ai pas le droit à l’erreur. Je fais le malin mais je commençais à avoir du mal physiquement. Surtout que ma remise de gaz un peu trop vigoureuse faisait parfois glisser le pneu arrière (oh, les deux au fond qui rigolent : oui on peut glisser avec 14 chevaux !). Alors j’adapte, j’économise. Plus que 5 minutes de course. Puis enfin le drapeau à damier !

P11. Alors que nous étions parti 24. 7ème de notre catégorie sur 20 alors que sur la grille de départ nous pointions à la 15ème position. Quand on voit les résultats d’il y a deux ans avec une P16/19 en catégorie, ou même l’année dernière où nous étions 19 au scratch et 13 de catégorie, on peut dire qu’il y a eu de la progression et que le chemin parcouru est long.

Un curieux mélange de joie et d’épuisement… on l’a méritée cette place !

Nous avons maintenant une moto qui marche bien, mais aussi et surtout une moto fiable. Il faut encore bosser sur le freinage mais le reste est top. L’équipe aussi s’est fiabilisée. Michel met en place des stratégies gagnantes, il joue avec nos forces pour tirer le mieux de l’équipe. Céline et Claire n’en sont plus à leur coup d’essai et cela se voit. Tout est fluide et les résultats sont là pour le montrer.

Par contre, la prochaine course on va passer à un autre niveau. Il risque de faire aussi chaud qu’au Creusot mais là, pas question de ne rouler « que » 4h. Non, nous allons participer aux 12 de Muret (du côté de Toulouse) les 27/28 juillet. Ça va envoyer du looooouuuuuuuuurrrdddddd !