Poireaux, en vert et contre tout

On a fait le Mur(et)

Pour s’échapper, il faut du bon matos et une bonne équipe.

Du matériel de pointe

Avec l’annulation des 12h cet été, nous n’avons pas roulé depuis le Creusot. En même temps c’était pas un mal vu que le moteur avait un suintement entre les deux carters moteur. Oh, rien de grave, il suffit de séparer ces deux carters, de nettoyer un peu le plan de joint et de remonter tout ça. Ce qui veut dire ouvrir le moteur en deux. On en a aussi profité pour changer le haut moteur qui tirait un peu la gueule. De quoi nous occuper pendant un bon bout de temps.

A gauche, un piston tout neuf, à droite, l’ancien qui en a pris plein la tronche

Côté esthétique, j’ai profité d’avoir un nouvel ami qui fait de la fibre pour apprendre. Vu qu’il n’existe pas de polys sympa pour notre génération de CBR, j’ai pris les carénages d’origine et j’en ai fait des moules. Ce qui a permis de sortir un jeu pas trop moche. Aidés de Michel, on a fait une belle peinture Zanzibar spirit. Manquait plus que quelques autocollants que j’ai réalisés grâce à un plotter.

Tout ça nous a pris un sacré paquet de temps et heureusement que Vilo et Michel ont mis la main à la pâte, nous permettant de ne pas être trop à la bourre.

Une équipe au top

Pour l’équipe, nous avons fait appel à des valeurs sûres. Bien entendu, Michel a eu pour mission de chapeauter le week-end, Vilo, Seb et moi même serions derrière le guidon. L’intendance sera gérée de main de maitre (et de cuillère de cuistot) par Laurie, tandis que Claire assurera plein de choses indispensables (genre le café :D) et Brice s’occupera de la partie mécanique.

La fine équipe du week-end

Niveau prépa physique, il faut noter l’effort de Vilo qui pendant plusieurs semaines s’est levé à 6h du mat’ pour aller faire du vélo. Connaissant les origines marmotte du monsieur, on ne peut que saluer l’effort.

Et car il est toujours bon d’avoir du renfort, Laurie rapportera dans ses bagages ses parents et une amie qui voulait venir nous voir, Karine.

Le camp de base sera un gite à 30mn du circuit, avec toutes les commodités (ainsi qu’une quantité impressionnante d’escaliers).

Pour notre dernière course de 2019 nous avons le droit à un joli tracé et un développement de 1145 mètres

Bref, toutes les conditions étaient réunies le vendredi soir pour nous assurer un week-end au top. Cerise sur le gâteau, le temps était même parfait.

Pif, paf et boum

Arrivés sur le circuit samedi en fin de matinée, nous installons notre bazar et nous en profitons pour coller les autocollants manquants à la déco. Y a pas à dire, ces polys donnent vraiment une allure classe à la moto.

Déco perso de A à Z : polys, peinture et autocollants maison

Nous avons 4h de roulage prévus en ce bel après-midi. L’idée est de découvrir la piste, vérifier que la moto va bien. Seb part donc le premier et enchaine les ronds. Le circuit est assez rapide mais avec des portions techniques. Très rapidement il tourne dans les 1mn11/12. Vilo part le deuxième et est lui aussi dans les mêmes chronos. C’est ensuite à mon tour de m’élancer. Je fais un tour, deux, puis quelques autres avant de virer trop court dans un virage et de m’en coller une. Impossible de repartir, la chaine a sauté. Je ne sais pas si la chaine est la cause ou la conséquence de la chute, mais il est sûr que devoir pousser la moto depuis l’autre bout du circuit est un bon entrainement physique. Michel et Brice s’occupent de réparer les dégâts sur la monture et je repars… pour deux virages. Habitué à partir pneus chauds, j’ai été un peu trop optimiste sur le premier gauche et je m’en recolle une.

Épreuve de poussage de moto : Xavier passe le relais à Seb sur les derniers mètres

Il faut être honnête, cette deuxième pelle m’a mis d’une humeur un peu massacrante. Heureusement que le reste de l’équipe a géré. Michel me propose de repartir mais je n’en ai pas envie. En fait j’ai un peu (bon, ok, beaucoup) peur de tomber encore une fois alors je préfère passer la main et prendre le relais suivant. C’est Seb qui roule. Ses chronos arrivent dans les 10 et passent en dessous, ce qui est très encourageant.

Je prends le guidon mais je suis raide comme la justice et pas moyen de me détendre. Au bout d’une dizaine de minutes j’ai mal partout et je suis accroché au guidon comme un naufragé à sa bouée.

Je passe la relève à Vilo qui nous montre encore une fois qu’il est un bon pilote. Ses chronos ? Comme le thermomètre dans le nord : ils descendent et tournent dans les 7. Nous avons trouvé notre atout pour aller chercher une bonne place aux qualifs !

Le roulage se termine ensuite par quelques ronds que j’enchaine, Vilo et Seb préférant ne pas gaspiller leurs forces.

La soirée fut comme toutes les soirées de course : un super moment entre bonne bouffe, bières, blagues plus ou moins drôles (« t’as un truc là ») et massages de Michel (on vous a déjà dit que c’était top d’avoir un Team Manager kiné? ) mais nous ne faisons pas long feu. La journée a été chargée et demain on en a une énorme qui nous attend.

Il court, il court le furet

Briefing à 9h, qualif de 9h20 à 10h50, course de 11h à 17h : y a pas à dire, le programme va être chargé. Et pas vraiment respecté. De notre côté, nous savons que nous n’allons pas rouler pendant 90mn avant la course, 2h de relais attendant chacun des pilotes. Seb part en premier, afin de tester la piste et d’établir une base de chrono. Je prends sa suite et Vilo finira ces qualifs. Ce choix est réfléchi car notre pilote le plus rapide va bénéficier des conditions de piste les plus favorables. Ses efforts seront récompensés par un chrono en 1mn07, ce qui nous placera à la 30ème place sur 35. Mais ces qualifs seront aussi l’occasion pour Seb de nous prouver qu’il est le meilleur. Il faut savoir qu’une balade moto avec lui n’est pas réussie s’il ne se perd pas. Sauf qu’il a mis le niveau encore plus haut. Il a réussi à se paumer sur le circuit ! Au lieu de prendre la voie des stands, il a pris la contre-allée, sous l’œil impassible du commissaire de piste.

Le départ sera de type Le Mans. Pour ceux qui ne connaissent pas, le pilote doit traverser la piste en courant, sauter sur sa machine, la démarrer et partir le plus vite possible. Je rêve de faire ce type de départ depuis que j’ai décidé de faire de l’endurance. Une course à pied en combi qui n’a pas eu lieu mais dont je suis sorti victorieux m’octroie cet honneur. Seb fera office de béquille de stand et aura la lourde charge de ne pas faire tomber la moto et surtout d’éviter de se prendre un coup de botte.

Trente-cinq pilotes prêts à rejoindre leurs montures

Un départ de ce type est vraiment un moment particulier. Tout est calme. Il n’y a pas un seul bruit. Les esprits et les jambes sont tendues. Quand le drapeau bleu/blanc/rouge s’abaisse, je m’élance avec au moins autant de grâce qu’un sanglier. Je saute sur la moto, mets quelques dixièmes à correctement placer le coupe-circuit. Cette fraction de temps semble une éternité. Je démarre enfin et lâche l’embrayage avec la poignée de gaz tournée dans le bon sens. Je me déporte sur la gauche du circuit, évitant ainsi les autres concurrents. La 22 s’élance pour 6h en ayant gratté quelques places. Mon premier relais sera marqué par une baston avec une Aprilia avec qui nous jouons au chat et à la souris. Mes origines doivent être félines car j’arrive à finir le relais en étant devant. Mais la moto a quelques coupures. Rien de dramatique, ça reste pilotable. Seb s’élancera à ma suite, ces infos dans le coin de sa tête.

J’adore quand un plan se déroule sans accrocs

Sauf que le comportement se dégrade. A la fin de son relais, Seb sort en déclarant la moto inconduisible : elle ne fait que couper dès qu’on touche les gaz. Cela nous rappelle furieusement les soucis que nous avions eus au Creusot. Qui avaient pour origine un filtre à essence bouché. On renvoie Vilo grappiller des tours pendant qu’on va chercher ce dont on a besoin.

Michel, Brice et moi même lançons alors l’opération pour changer ce fichu filtre. Bien que nos clamps soient un peu légers, on y arrive sans trop imbiber le tapis d’essence, ni même mettre le feu à la moto. Vilo peut repartir mais une minute plus tard, il nous indique que le comportement n’est pas celui attendu. Bref, le changement n’a pas fonctionné. On se dit alors que le problème doit venir de la pompe à essence, le comportement étant vraiment celui d’une moto qui manque de carburant. Claire file chercher la pompe à essence de secours (merci eBay) et on fait de nouveau signe à Vilo de sortir. Les trois mécanos se lancent donc dans le changement et assez rapidement, la 22 repose ses roues sur la piste. Un tour et Vilo nous montre un doigt. Oui, le pouce. Pour dire que tout roule. Et les chronos nous montrent que la moto marche bien car le pépère se paie le luxe de claquer un tour sous les 07.

A ce moment on se dit qu’on est toujours dans la course. Je prends donc mon relais confiant, mais au bout de 10/15mn, c’est le drame. Non, je ne suis pas tombé ! Mais la moto coupe de nouveau. Je fais signe que je vais sortir… et je sors. Nous faisons un tour de la moto mais rien ne semble anormal. Michel me dit de repartir, ce que j’essaye de faire. Arrivé au niveau du commissaire de piste qui régule les entrées sur la piste, pas moyen de redémarrer la moto, elle ne veut rien savoir. Je fais donc demi-tour et on remet la moto dans notre box.

On décide de sortir le grand jeu : injecteur et corps d’injection se trouvent remplacés par ceux de la mule que nous avions démontée avant la course. Il y a du mieux, la moto démarre. Mais coupe dès qu’on touche les gaz. Pas un mot n’est échangé sur ce sujet, mais tout le monde se demande si cette course sera la première que nous ne finirons pas. Puis dans un éclair de génie (oui, la modestie m’étouffe), je me dis qu’il y a un paramètre que nous n’avons pas testé concernant l’injection d’essence : le Power Commander. Ce petit boitier leurre le CDI et permet de modifier la quantité de carburant
injectée dans le moteur. Je le débranche au niveau de l’injecteur et je branche le circuit en direct.

Miracle au Muret

Seb enfourche notre Super Carotte et s’élance sur la piste (sans se perdre). La nouvelle configuration de la moto a l’air de lui convenir car il enchaine les tours de plus en plus rapidement. On peut enfin souffler un peu. Vilo prendra la suite, pendant que Seb nous confirme que la moto a moins de patate mais est plus linéaire, ce qui la rend plus facile. La ronde des relais recommence donc. De nouveau moi, puis Seb. Il nous reste 1h20 de course. Notre position ne risque pas de changer vu l’écart avec les précédents. Nous voulons juste la finir.

Se prendre un Mur(et)…

Seb s’élance pour son dernier relais. Il roule correctement mais à un moment je vois Michel regarder son chrono. Une fois. Deux fois. J’ai peur de demander pourquoi car je connais la réponse. Seb aurait déjà du passer devant nous. Notre Team Manager nous confirme nos craintes. Quelques minutes plus tard, c’est un Seb à bout de forces qui pousse la moto vers les stands. Il a chuté et a perdu l’aimant du coupe circuit, il a donc du ramener la 22 à la force des bras. Coup de bol, il n’a pas fait trop de dégâts (à part le poly côté droit, offrant ainsi une belle symétrie avec le gauche déjà poncé par mes soins). Vilo peut donc entamer la dernière heure.

Il nous reste maintenant une quarantaine de minutes. Le plan était de faire rouler Vilo puis moi, mais Michel, décide d’intercaler Seb afin qu’il ne finisse pas la saison sur une chute. Ça c’est une décision qu’elle est bonne !

Seb se remet au final assez bien de sa chute et ses chronos ne sont pas dégueux.

Vous vous souvenez de l’Aprilia avec qui j’ai bastonné pendant le premier relais. Ben voilà que je retombe sur elle. J’arrive à la passer, mais je me fais avoir peu de temps après et elle (enfin, lui, c’est un pilote dont on parle) creuse un peu l’écart. Pas moyen que je me fasse avoir comme ça pour le dernier relais de la saison. Alors je donne tout pour le rattraper. Je me rapproche et j’arrive même à lancer quelques attaques.

En fin de course, le jour déclinant donne à notre moto une teinte veloutée

Dans le box, on me prévient qu’il reste 5 minutes de course. Puis c’est le drapeau à damier. C’est à la fois un soulagement car nous avons fini la course, mais aussi une déception. C’est notre moins bon résultat depuis que nous nous sommes lancés en 25 Power, car nous finissons 31èmes sur 35.

Le damier signe l’achèvement des six heures de course, et la fin de la saison

Et se relever

Comment conclure ce week-end. C’est une saveur douce-amère. Un mélange d’amitié, de bonnes bourres, de ténacité devant l’adversité : nous avons réussi à garder un calme olympien dans toute l’équipe pendant la course, même lorsque le drapeau à damier nous semblait trop loin. Mais c’est aussi une déception car à cause d’un fil coupé nous n’avons pas pu viser le top 10 qui était atteignable.

Heureusement la mémoire est sélective, alors on va juste garder les souvenirs sympas. Et on va fiabiliser encore un peu plus la moto pour être sûr de ne pas avoir ce souci là encore une fois. On va aussi regarder ce que nous allons faire en 2020. Mais ça, c’est une autre histoire.