Poireaux, en vert et contre tout

25 Power 2019, round 1


Deux

C’est à deux que nous partîmes le jeudi soir. Seb et moi. Le but était d’arriver en fin de matinée le vendredi pour pouvoir régler la moto, en particulier la démul et surtout se remettre le tracé en tête. C’était aussi l’occasion de faire rouler le petit pois qui avait servi de donneuse d’organes avant le Luc. Depuis je lui avais greffé l’AAC endurance, et tout remonté.

C’est avec un magnifique soleil que nous arrivons au Coteau, où le tracé nous ouvre les bras. Mais il faut d’abord décharger le camion et prendre un café. Sauf que c’est le drame : nous avons bien notre cafetière, les filtres, mais Seb a oublié le café. A deux doigts de remballer et de rentrer chez nous, un voisin nous offre un café. On décide donc de rester quand même.

Un tel panorama annonce un week-end avec du gros gaz !

14h, la piste nous ouvre les bras. Je commence avec le petit pois pour le valider, sauf qu’en passant la première, la moto coupe. Tiens, ça fait penser à un contacteur de béquille. Sauf qu’il est censé avoir été shunté. Je regarde et je vois que le shunt a été perdu entre la montée dans le camion et maintenant. Pas grave, une pince, du scotch et c’est reparti.

Sauf que lors du chargement on a aussi réussi à tordre une vis de repose pied. J’ai donc un appui à gauche un peu bancal. J’enchaine quand même quelques tours. De son côté Seb refait connaissance avec la piste et avec la démul, qu’il trouve beaucoup trop courte.

On change donc la démul pour une plus longue et Seb me parle d’un souci qu’il a eu en ligne droite, comme si la moto ne tournait plus. Je suspecte un souci d’embrayage vu que j’ai retendu un poil le câble. Seb repart pour une demi session et j’enchaîne juste après lui, avec seulement la SuperCarotte. Sur un virage, j’ai la moto qui coupe. Enfin, même pas un virage, juste une cassure à droite après un double gauche. Plus je suis violent à la mise sur l’angle, plus la coupure est franche. Comme s’il n’y avait plus d’essence/plus d’allumage/trop d’air. On commence donc à faire de la mécanique. Je regarde les connectiques, rien de particulier. Je dois repartir pour la dernière session et le problème est toujours là. J’essaye de voir si je peux adapter mon pilotage au cas où on ne trouve pas la solution. Ça le fait, mais ce n’est qu’un pis aller.

Alors de retour au box on recommence. Notre coupe-circuit coupant l’allumage je regarde le montage et effectivement une soudure est un peu faible. Je la renforce mais nous ne pourrons tester que demain.

Il ne nous reste plus qu’à remballer et direction le lieu de couchage où vont nous retrouver Romain et Claire pour la soirée.

Six

La base de vie : le repos des braves

Samedi matin, Aurélien et Michel nous rejoignent sur le circuit. On installe pour de bon la base de vie, et on se prépare au briefing. Durant celui-ci, ils insistent bien sur les pénalités en cas de dépassement non autorisé (genre sous drapeau jaune). Le pilote aura le droit à 30s de stop&go. J’en connais un qui aurait peut être du un peu plus écouter 😀

C’est parti pour les essais libres. Étant capable de reproduire le problème de la veille, je pars en premier. Pour découvrir qu’il est toujours présent. Zut de zut de zut (oui, je suis un garçon très poli). Seb prend ensuite le relais et Aurélien finit la session. Il se plaint aussi de coupures. Il va falloir faire quelque chose à ce sujet. On emploie alors les grands remèdes : changement de CDI, de capteur de chute et de réservoir. Nous sommes obligés de garder la même pompe à essence, celle du Petit Pois ayant cassé au démontage (alors que je n’ai même pas forcé !). On change quand même le filtre à essence qui s’avère dégueulasse. Notre réservoir ayant tendance à rouiller, une boue marronnasse sort du filtre, le tout avec quelques petits bouts de mousse Explosafe.

L’opération de la dernière chance

Il nous reste les qualifs du samedi pour valider qu’on a résolu le problème et surtout pour claquer un chrono. Les autres qualifs étant le dimanche matin, les conditions seront sûrement moins bonnes.

Seb s’élance en premier. N’étant pas le plus rapide, son objectif est surtout de se bagarrer avec les autres, de montrer qu’il peut faire sa place parmi les 38 autres équipages qui encombrent l’étroit serpent de bitume. Et il s’en sort pas trop mal car ses chronos descendent.

Aurélien doit profiter du trafic moindre pour claquer un chrono. Cet échalas ayant la particularité d’être (un peu plus) rapide (que nous) sur une moto. Et il remplit son contrat car sur son dernier tour lancé, le chrono affiche un 55.9 de bon aloi.

À mon tour de m’élancer. Je fais de mon mieux pour moi aussi claquer un chrono mais la piste est encombrée. Je me retrouve derrière un gars que je n’arrive pas à doubler. Je décide donc de le laisser prendre le large. Sauf que ça ne suffit pas et que je le rattrape trop vite. Je profite de la fin de session pour m’entraîner au départ, avec un bel échec, vu que j’étais en troisième et non pas en première.

Par contre, la bonne nouvelle est que la moto marche. Voire même un peu mieux qu’avant. Chouette !!! On peut donc aller prendre l’apéro et manger le bon plat de lasagnes que Marine nous livre directement au gîte.

Sept

Avec l’arrivée de Marine, l’équipe est au complet. On décide d’un commun accord de zapper le warm-up à 8h du mat et nous débarquons sur le circuit 45mn avant les secondes qualifs.

Ça se voit qu’on n’est pas encore réveillés ?

On décide de reprendre le même ordre et c’est parti. À part les chronos un poil moins bons, pas de gros changement. Même le bouchonnage. Pas moyen de doubler. J’entends alors la voix de notre maitre Yoda à nous qui dit « Si derrière un pilote lent tu es, par les stands passe« . J’applique donc cette règle et sors tout en faisant signe à l’équipe que tout va bien. Encore une fois Romain avait raison, et j’ai un tour clair pour finir ma qualif. Mon essai de départ est aussi plus réussi.

Notre temps nous qualifie en 33ème position sur 39. Ce qui est mieux que l’année dernière où nous étions 35. Pourtant presque deux secondes séparent les deux chronos. L’explication est simple : le niveau est beaucoup plus élevé cette année. Avec le chrono 2019, nous aurions été 26 sur la grille en 2018. Mais il ne faut pas trop se focaliser sur les qualifs, notre équipe étant homogène, on sait qu’on pourra tenir un bon rythme pendant toute la course.

Pendant que Claire s’initie au changement de roue sous l’œil de Michel, les pilotes débriefent avec Romain.

Trente-neuf

Non, personne n’est venu nous rejoindre. C’est juste le nombre d’équipages sur la grille de départ. Je suis seul dans mon casque. Je suis bien. Le moteur calé à 7000 tours/minute j’attends que le feu rouge disparaisse. Le drapeau rouge sort de la piste, plus que quelques secondes. Je ne veux pas perdre de place mais je ne dois pas tomber. La course commence par un pif-paf serré, suivi de deux droites dont un se referme. Le feu disparaît et je fais un bon départ. Placé à gauche de la piste je me décale à droite pour aborder le premier virage. Je me retrouve englué dans la meute mais je profite de ma position pour faire l’extérieur au paquet sur le second virage et être bien placé pour la suite, à savoir les deux droites. Je reste à l’intérieur et aborde la ligne droite correctement. Évidemment, des machines de 25cv profitent de la puissance pour me dépasser mais je ne lâche rien. On arrive sur la parabolique, LE virage que j’adore sur ce circuit. J’essaye de ne pas couper mais je dois relâcher un peu les gaz pour ne pas me prendre ceux de devant. Pendant quelques tours je continue à attaquer, passer devant ceux qui sont plus lents. Nous sommes P32, soit une place de gagnée ! Petit à petit les écarts se font et la piste semble moins encombrée. Je double, je me fais doubler, certains tombent, pas moi. C’est l’heure de filer le guidon à Seb et nous pointons à la 28ème position.

Crédit photo : Le Gun Production

Il n’en faut apparemment pas plus pour débloquer Seb qui tourne plus vite qu’en qualifs dès le premier tour. Il enchaîne les ronds et ne se fait que peu ralentir par les pilotes plus lents. Il doit cependant filer le guidon à Aurélien. Celui semble sur un faux rythme au départ, mais il est en fait bouchonné par un super motard en moins de 25 chevaux. Il mettra une dizaine de tours à le doubler… sous drapeau changement d’adhérence. Nous découvrons cela lorsqu’un officiel vient nous annoncer la sanction : 30s de stop&go. Le temps que notre pilote soit notifié, il peut enchainer quelques tours rapides, se payant même le luxe de claquer un chrono en 55,077 juste avant de sortir purger sa peine. Cette erreur nous fait perdre deux tours, mais le numéro 22 se place quand même en position 25 après 1h30 de course.

Crédit photo : Le Gun Production

Je prends mon deuxième relais, avec pour objectif de passer devant les 63, copains de paddock. Je les double rapidement puis me fais bouchonner par un adversaire que je n’arrive pas à dépasser. Le 63 en profite pour repasser devant. Mais hors de question que ça se passe comme ça, nom d’un poireau ! Alors je m’applique et je rattrape mon retard tour après tour. J’essaye d’améliorer mon pilotage dans la partie sinueuse et d’arriver encore plus fort dans la parabolique qui commande la ligne droite. Il faut croire que ce virage me réussit bien car j’en ressors fort, rattrapant des motos de 25cv.

Crédit photo : Le Gun Production

Je repasse le guidon à Seb qui fera un relais un peu plus chaotique, avec de très bons chronos et d’autres moins bons. Et il est l’heure de nourrir la machine car la nouvelle configuration est plus gourmande. Pendant que Romain béquille, Aurélien se tient prêt avec l’extincteur. Michel retire le bouchon de réservoir et je vide un demi bidon dans la machine. Aurélien peut repartir. Avec le temps passé à ravitailler, nous sommes repassés P27, mais les autres teams n’ont pas encore ravitaillé. Aurélien se lance à la poursuite de l’équipage juste devant nous au classement. Tour après tour, il grappille des secondes.

On recommence ensuite la ronde des pilotes. À une heure de la fin, nous sommes revenus P22. Il s’agit maintenant de gérer notre avance et de ne pas faire d’erreur. Les 63 ne sont pas loin derrière nous. Seb puis Aurélien gèrent la fin de course, creusant l’écart. Pendant les 20 dernières minutes la tension se fait sentir dans les paddocks. Nous y sommes presque. Aurélien continue à être régulier, et c’est un soulagement.

Vingt et un

Un équipage n’ayant pas passé la ligne d’arrivée, nous sommes donc 21ème au général (soit 12 places gagnées pendant la course) et 11ème de notre catégorie.

Une moto, trois pilotes et un team à bloc, pour une course dont on peut être fiers

Le niveau cette année était plus élevé, nous sommes donc très fiers de notre résultat. Et de la machine. Dire que notre moto était parfaite serait faux car on peut toujours améliorer, mais le travail fait cet hiver porte ses fruits. Nous en sommes au stade de l’ajustement.

Seul point à améliorer pour la prochaine course : la démul. Nous avions choisi une démul assez longue, qui s’est avérée trop longue au final, au détriment de la relance. Quoi que… Aurélien ayant galéré tout le week-end avec les commandes inversées, c’était peut être pas une si mauvaise idée que ça de limiter les changements de rapport 😉