Poireaux, en vert et contre tout

Galère mécanique

Je ne sais pas si vous avez déjà planté des carottes, mais je peux vous dire que moi non. Je n’ai aucune idée de comment en faire pousser. Par contre cet automne et cet hiver, j’ai pu voir la croissance de notre super Carotte. Mieux que ça, c’est moi qui l’ai fait grandir. Il faut savoir que j’ai fait une formation pour devenir mécano moto, et qu’on avait la chance de bosser sur beaucoup de moteurs. Ni une, ni deux, j’ai demandé à Seb de m’envoyer le moteur pour que je puisse le démonter complètement et l’améliorer.

Roule ma poule

Une moto c’est plein de pièces en mouvement. Or, les frottements sont les ennemis des mouvements. C’est d’ailleurs pour cela que la puissance à la roue et la puissance au vilebrequin ne sont pas les mêmes et que les constructeurs donnent toujours la puissance au vilo, plus flatteuse d’une quinzaine de pourcents. En 25 Power, la puissance qui nous intéresse est celle à la roue (car elle est plus facilement mesurable et donc contrôlable). Il faut donc diminuer les frottements et les pertes entre le vilo et la roue arrière.

Bien au chaud dans le moteur, les roulements à billes pour l’hiver…

Commençons par le moteur: il faut changer tous les roulements à billes par des roulements qui tournent mieux. Dit comme ça c’est évident, et ça l’est. Il faut juste ouvrir le moteur en deux, sortir les anciens roulements et mettre les nouveaux. J’en ai aussi profité pour faire un état complet de la moto et changer l’arbre à cames d’origine qui avait souffert à Alès pour un AAC plus agressif. Au passage, la culasse et les soupapes ont eu le droit à un bon nettoyage.

Le moteur tourne mieux (et est même plus puissant avec l’AAC endurance). On peut donc s’occuper du reste. Encore des roulements vu que je les ai changés sur 3 paires de jantes et les 3 portes couronne. On a aussi changé la chaine pour une sans joint car ceux-ci engendrent des frottements. Nous aurions pu changer notre chaîne pour une avec un pas plus petit, mais pour des raisons économiques nous ne l’avons pas fait.

La validation

Moult poneys fringants piaffent d’impatience

Après avoir remonté le moteur et l’avoir démarré, la joie nous envahit. Nous pouvons aller tester la moto sur circuit. Pour des raisons de planning, ce n’est pas possible avant une semaine avant la course lors d’un roulage au Luc organise par LPP team.

Premier roulage de Seb, la moto fonctionne bien, très bien. Il y a quelques ajustements à faire sur la partie cycle, mais rien qui ne puisse se faire en 10mn. Le reste de la journée nous confirme que la SuperCarotte V2 a eu droit à sa dose d’engrais (bio, bien entendu). C’est simple, nous sommes aux mêmes chronos que nos meilleurs l’année dernière et je me paye même le luxe de rouler plus vite sur quelques tours. Ce qui est très très bien pour une reprise. Le seul « souci » est qu’il faut changer la démultiplication, la moto marchant tellement bien que nous nous retrouvons en 6 sur la moitié du circuit.

Il ne nous reste plus qu’à aller la faire passer au banc pour régler l’injection. Mercredi (soit 2 jours avant le départ de la course), nous l’emmenons chez Olive Moto. Premier passage, moto non réglée, elle nous sort 14.9 poneys. Cool, on va pouvoir bosser sur la couple, la puissance est déjà là. sauf qu’au troisième passage, la moto coupe. Et refuse de démarrer. Nous passons 3h aidé par le mécano à essayer de comprendre: essence, injecteurs….

Nous aurons la réponse une fois rentrés : la soupape est allée faire un câlin au piston et est complètement tordue.

Pis que la tour de Pise

Faisons le bilan : nous sommes mercredi soir, et d’un côté nous avons une soupape tordue et un arbre à cames qu’on suppose très fortement coupable. De l’autre côté il y a le moteur de la mule. Ce brave petit pois. Le calcul est simple: demain je fais une fusion des moteurs.

Demain, une dure journée vous attend

Jeudi matin – 8h22

Cinq fois sur le métier, remettez votre rodage

J’hésite. Oui, je sais que je dois le faire mais j’ai un seul joint de culasse, une seule soupape d’avance. Alors j’hésite. Mais quand il faut y aller faut y aller. Alors je démonte la soupape sur le moteur donneur et je commence le rodage. Je remonte et je test l’étanchéité. Ce n’est pas étanche. Alors je recommence une fois, deux fois. Je veux un résultat parfait alors j’y retourne encore. Pour au final avoir un truc au top. Si vous avez besoin de quelqu’un pour démonter et remonter une soupape, je suis votre homme.

La suite est presque mécanique: AAC d’origine, joint de culasse, culasse, serrage en croix, et hop le moteur est remonté. Avant de le mettre dans le cadre je vais prendre la compression, qui indiquera si l’ensemble cylindre/piston est toujours au top. Je sors ma batterie de test, mais elle est faiblarde. La moto n’a pas de compression mais vu que le démarreur galère à cause de la batterie HS, ça ne veut rien dire. Je mets la batterie en charge mais je manque un poil de patience. Alors je démonte la batterie de la Super Carotte et je teste. Et c’est bon ! Je ne vous dis pas le soulagement. Il ne reste plus qu’à remettre le moteur dans le cadre, tout rebrancher et ça sera bon. Michel vient me filer un coup de main pour monter le moteur (note, pensez à investir dans un lève moteur) et la moto rugit… enfin grogne. On parle d’une CBR166 quand même.

Bar et pression, un combo qui marche à tous les coups !

Seb arrive pile poil au bon moment pour revisser la vis chiante du radiateur et la moto est prête. Olive moto nous a réservé un slot vendredi à la première heure, donc après une bière bien méritée, on charge la moto dans la camion.

Vendredi matin – on est laaaarge

La moto est de retour sur le banc. Seb est sur place et ne fait pas le malin. Je suis pendu à mon téléphone en attendant des nouvelles. Le premier passage est un peu décevant, nous avons perdu plus d’un cheval. Le changement d’AAC y est évidement pour quelque chose. Mais François donne tout ce qu’il a et bosse sur la carto. Bilan, 14,83 poney rageurs et une courbe de couple plate (ou, une courbe plate est une chose peut courante mais tellement agréable en moto) à 1,3m.kg.

L’ultime test : le banc de puissance

La moto marche mieux que l’année dernière, ce qui prouve que les heures passées dans le garage ont porté leurs fruits. Nous avons pêché en voulant trop de performance, heureusement cela est arrivé avant la course et ma récente formation de mécano moto* m’a permis de faire la fusion de deux moteurs et de prendre le départ de la première course de la saison.

*D’ailleurs si vous embauchez, je suis dispo 😉