Poireaux, en vert et contre tout

Dix de chute

Y a des week-ends de course où tout se passe bien, où les essais, qualifs et course s’enchainent parfaitement. Ce ne fut pas le cas à Varennes sur Allier les 12 et 13 mai.

Au soleil

L’arrivée vendredi se fait sous un beau soleil. C’est simple, on se croirait en Sudie. Nous sommes rejoints par le seul astre pouvant éclipser le soleil. Je ne parle pas de notre troisième pilote, Ludo de l’équipement.fr mais de sa monture : une magnifique originale spéciale éblouissante aveuglante Speed #NuclearRed. Il faut croire que le soleil en a pris ombrage car il disparaitra le vendredi soir pour ne plus jamais réapparaitre. Mais vendredi nous avons pu découvrir le circuit international Jean Brun. Un tracé rapide qui accueille des compétitions de kart de haut niveau. Notre choix de démul était idéal et nous avons pu enchainer les tours. Niveau pneu, les Bridge sont toujours royaux et permettent toutes les facéties. Quant aux Dunlop, la piste les a plus mis à mal et il a fallu jouer avec les pressions pour limiter les glisses. Niveau chrono, je me bats avec Seb pour la pole du team pendant que Ludo nous talonne à quelques secondes, la légèreté et la faible puissance étant l’antithèse de son anglaise bourrée de couple. Surtout quand il doit piloter la mule, moins puissante.

Les pilotes du dimanche (et du reste du week-end)

Durant la journée, nous avons été rejoints par ceux qui feront l’assistance durant tout le week-end, et – spoiler alert – Brice, Laurie et Claire n’ont pas chômé.

Le samedi reste sec et chaud mais couvert. Ce qui nous permet de faire des qualifs de bonne augure, avec un chrono en 1mn13.3 détenu par Seb. Il aura donc la lourde mission de faire le départ. Petit plaisir, nous sommes juste devant nos amis mais surtout adversaires (je sais jamais dans quel sens le dire) : Sport Moto 63. Ceux-là même avec qui nous avions bataillé au Coteau pour au final finir devant eux.

Par contre, la fin de journée voit l’apparition de pluie. Parler de mousson serait peut-être même plus juste vu ce qui nous est tombé sur le coin de la gueule. Nous rentrons donc rapidement manger plein de saucisse de Toulouse, faire un flipper et surtout effectuer la tâche dans laquelle nous excellons : raconter des bêtises.

Dimanche pluvieux, dimanche heureux ?

La pluie semble s’être calmée quand le réveil sonne. Mais c’est une fausse impression. En arrivant sur le circuit, la décision n’est pas longue à prendre : on fera le warm-up en pneus pluie pour préparer la course. Sauf que la météo est joueuse et qu’entre le warm-up et la course, la piste a eu le temps de sécher. Tout le monde s’est posé la question à 30mn de la course : pneus slick ou pluie ? Nous décidons de partir en slick, les pneus pluie risquant de se détruire trop vite sur le sec, nous laissant sans alternative en cas d’averse.

Claire, au taquet sur le panneautage

Tour de formation, deux tours de chauffe, les moteurs grondent, la tension est à son comble. Tellement que Seb rate son départ. Il perd quelques places mais rentre vite dans le rythme de la course, grappillant les mètres sur les adversaires avant de les dépasser. Seb me passe le guidon et tout va bien. Les pneus tiennent bien… au début. Car la pluie refait son apparition. Beaucoup de pilotes sortent pour changer leurs pneus. Je sais que la décision me revient et je suis bien. Les pneus glissent mais rien que je ne puisse gérer. J’hésite à indiquer au team que je veux sortir mais ils me prennent de vitesse et m’indiquent que je dois rentrer. Dernier tour avant la fin du relais, je me retrouve derrière un concurrent vraiment mais vraiment très lent. Je lui fais l’intérieur avant de glisser des deux roues. Quand Alexis du Sport Moto 63 parlait de patinoire, il n’avait pas tort. La moto démarre mais les gaz restent ouverts en grand. Ce qui est très drôle quand tu dois couper par l’herbe trempée pour rentrer. Au stand, le team se tient prêt. Pendant que Michel et Brice passent en pluie, je commence les réparations : changer le tirage rapide. On passe donc en tirage d’origine qui est long comme un jour sans pain mais qui fait le job. Une douzaine de minutes après Ludo s’élance pour son relais. Sauf qu’il a fait le scratch… sur le bitume. Au bout d’un tour et demi. Au même endroit que moi. Tout seul. En pneus pluie. Avec Michel on va l’attendre au début des stands et dès qu’il arrive je choppe la moto pour la rapporter le plus vite possible à notre box, tout en analysant la situation : frein avant HS. Heureusement Brice s’était entrainé à la course d’avant et il est capable d’échanger le freinage des deux motos les yeux dans les dos et les bras fermés tout en buvant une bière, le tout en moins de 17 secondes.

 

 

Laurie, Team Manager padawan

C’est ensuite au tour de Seb de partir… à la faute. Par contre monsieur fait dans l’originalité et décide de refaire le côté gauche de la moto pour équilibrer. Bilan, demi-guidon bien tordu et embout de sélecteur cassé. Pour le sélecteur, on bricole un truc à base de vis et de scotch, tandis qu’on laisse le demi-guidon tel quel, pour ne pas perdre encore 5mn. Mais cela ne nous empêche pas de repartir. Nous avons revu notre objectif et maintenant on veut juste finir la course. Je me retrouve derrière Tristan, second pilote de la #63 et s’en suit une bagarre digne d’un duel Rossi/Marquez. Au ralenti. Une vraie baston d’escargots où j’arrive à le doubler juste avant de me refaire dépasser. Pendant plusieurs tours je chercher l’ouverture mais mon adversaire arrive à fermer les portes. J’arrive cependant à lui faire l’intérieur juste devant les stands, permettant à la foule en délire de nous acclamer !

 

La course continue sur un rythme plus cool. C’est simple, on n’a plus chuté. Seul fait notable, le repose pied pliable droit, qui a décidé de passer en commandes inversées. Car oui, à la Poirsouille Endurance Team on n’hésite pas à innover et proposer des solutions auxquelles personne n’a songé. Ludo, en bon journaliste, teste ce système, mais son verdict est sans appel : ce n’est pas idéal en courbe. Cela ne l’empêchera pas de passer sous le drapeau à damier (sur ses roues, bande de mauvaises langues). On le rejoint dans le parc fermé et bien que nous soyons 36e et 20e de notre catégorie, de grands sourires illuminent cette fin de journée : on l’a finie cette fichue course.

La joie se lit sur nos visages, à moins que ce soit la fatigue

 

Pour conclure ce compte rendu, on va laisser le clavier à Ludo :

En préambule, je tiens à préciser que j’avais de la buée dans le casque, les pneus n’étaient pas bons, la pluie était trop mouillée et la moto mal réglée. Ceci étant posé, sachez que c’est faux, le matériel n’est pas en cause dans grand chose. Ni dans la chute ou les galères ni dans ce qui a rendu ce week-end exceptionnel. Comme souvent (sauf d’après Lorenzo et Biaggi), seul l’humain est à blâmer et remercier.

Aller faire des ronds avec une pétrolette prétendument racing sur un circuit initialement destiné aux karts, tu parles d’une idée tordue. Et pourtant, j’ai dit oui. Il faut dire que ça me faisait marrer de lire leurs comptes-rendus de course, à voir qu’ils se bastonnaient à une vitesse de petite vieille arthritique sur des machines aussi légères que peu puissantes. Et rien que pour voir leur tête se décomposer à la lecture de mes chronos lamentables alors qu’ils espéraient jouer le haut du tableau fut une sacrée motivation. Vendredi après-midi, je fais quelques tours sur le mulet. Environ 10 bourrins sous la poignée, des suspensions en mousse et pas les meilleurs pneus. Ce sera bien suffisant pour découvrir la piste qui, combinée à la puissance démoniaque du monocylindre, permet à peine d’approcher les 100 km/h (compteur marseillais). Cette coupe est-elle sponsorisée par Chantal Perrichon ? Eh bien non, car contrairement à elle, tout ceci est très amusant. Ben oui, je rigole bien au guidon de cette machine. Et vu mes chronos, je pense que le team aussi doit se marrer : je suis 5 secondes derrière les deux autres. Autant dire qu’on est aux fraises. J’invoque l’excuse la plus facile : la moto est pourrie, je veux le prototype de course et ses 14 chevaux.

Je repars donc sur le bolide officiel. Et là, tout change. Ne riez pas ! Ce n’est vraiment plus la même chose. Pas de la part du moteur car la différence n’est pas démente. Mais des suspensions moins fatiguées et des Bridgestone V02 qui collent et semblent dire « Envoie coco, tu peux pas tomber avec ça » améliorent forcément les chronos. Oh, pas au point de claquer la pole mais je reviens un peu sur les temps de Séb et Xavier. Plus que 3 secondes et je suis dans leur roue. Des chronos qui se confirmeront le samedi, dernier jour de calme avant la tempête.

Dimanche, jour de course. Mais dimanche, jour de douche. Le warm-up portera fort mal son nom puisque le thermomètre a chuté de 17°. Il fait 8 degrés ce matin et la piste, détrempée, ne rassure personne dans le team. Je boucle quelques tours afin de découvrir le comportement de la moto avec les pneus pluie. C’est plutôt rassurant, on verra bien pour la course.

Après le départ de Séb et la belle remontée de Xavier entachée par une glissade nécessitant quelques réparations, je repars des stands, avec les fameux pneus pluie. Le premier tour me met en confiance. Un peu trop apparemment puisqu’au bout d’un tour et demi, je fais preuve de la non-originalité la plus désolante en me vautrant dans le même virage que Xavier. Mais pas en doublant. Tout seul, comme un grand (non, j’déconne), en remettant les gaz après le point de corde. Le genou était déjà par terre, le reste a suivi en douceur et la moto, joueuse, m’emmène de force, mon pied et mon genou droit étant coincés entre elle et le bitume. Nous glissons, tel un adorable couple d’otaries bourrées, jusqu’au vibreur. Après un bref mais intéressant bain de boue, je redresse cette moto incapable de tenir le pavé malgré la finesse de mon pilotage. Pour constater que le demi-guidon droit est revenu en position roadster, décalant le levier de frein et tirant très fort sur le câble d’accélérateur. Je redémarre et la machine rupte. C’est intéressant sur le plan acoustique mais cauchemardesque pour ramener la machine au box. Surtout sans freins. J’arrive à revenir en jouant du démarreur/coupe-circuit et Xavier prend le relais pour pousser la moto. Je l’aurais bien fait mais une de ses foulées correspond à 17 des miennes. Je suis forcément peu fier de ramener la moto abîmée mais, grand seigneur, Séb s’en colle une dans les dix minutes qui suivent. L’esprit d’équipe, c’est tout de même un truc formidable.

On passera sur le reste de la course, c’est moins intéressant quand tout se déroule normalement. Merci à Séb et Xavier d’avoir accepté de me laisser finir la course. Pour une première, voir s’abaisser le drapeau à damier en étant au guidon, ça fait vraiment quelque chose. Même avec un guidon tordu, un sélecteur foireux et un repose-pied droit qui a pivoté et se replie donc vers le bas, provoquant quelques frayeurs quand on s’appuie dessus.

Oui, on finit dans les trois premiers (si on prend le soin de tenir la feuille à l’envers). Oui, sans moi, ils auraient clairement fait un meilleur résultat. Mais, après tout, c’est le meilleur résultat de toute ma carrière dans cette discipline à laquelle je n’avais jamais participé. Il est donc pour moi formidable 😀

Mais surtout, pendant trois jours, j’ai vraiment fait partie de ce team. Je suis arrivé comme un invité, je suis reparti en étant un membre de l’équipe. Et quand tu es en train de te demander ce que tu fais là, dans le froid, en train de te faire déposer par une machine de presque 25 chevaux sur une CBR 166 qui te rappelle que ton niveau de pilotage est largement perfectible, savoir que ces 6 personnes comptent sur toi depuis le box, ça motive comme tu ne l’aurais jamais imaginé, même sur une course de pétrolettes. Pour vous dire, ils ont réussi à faire en sorte que je m’amuse sur une Honda…

Xavier, Séb, Michel, Brice, Claire et Laurie : merci.