Poireaux, en vert et contre tout

Inverser n’est pas jouer

Si vous avez une moto d’origine, pour passer la première, vous allez appuyer sur le sélecteur de vitesse. Figurez vous qu’il existe une secte de motards qui lèvent le pied pour descendre une vitesse. Oui, vous avez bien lu, ils roulent en vitesses inversées. Et ces motards sont souvent des pistards. Coïncidence ? Décryptons ce comportement étrange.

Poussez, Madame, c’est une vitesse

La première explication à cette inversion est simple : les pistards se croient différents des autres motards. Et hors de question de faire comme ces mecs pas foutus de poser le genou. Voire pire, qui ne roulent pas en slick. Donc, ils ont décidé d’inverser les commandes pour pouvoir se la péter au bar, et faire comme les pilotes de GP. Car oui, les pilotes de GP le font. Eux aussi aiment se sentir différents, mais notre théorie devient bancale. En effet, il est rare qu’un pilote qui cherche les derniers centièmes pour battre ses concurrents fasse un truc juste pour le fun. Il va falloir aller plus loin et se mettre à la place d’un vrai pilote.

Passer à la volée n’est pas voler

Revenons quelques années en arrière, au temps où les shifters n’existaient pas. Il fallait donc utiliser l’embrayage pour monter un rapport. Ou, pour gagner du temps, passer la vitesse à la volée. Pour passer à la volée, il suffit de couper les gaz et de monter la vitesse. Le tout très rapidement.

Maintenant, imaginez cette situation en commandes normales : vous devez coordonner le lever de pied avec la coupure des gaz. Faisable, mais un poil compliqué. Et dans le cas des commandes inversées ? Il suffit de poser délicatement son pied sur le sélecteur, d’y exercer une pression à peine plus forte qu’une caresse, de couper les gaz et de laisser la gravité faire son boulot. Pour une fois qu’elle nous aide au lieu de nous foutre par terre, on va pas se plaindre.

Angler et non pas anglais

Passons maintenant au virage. Qui est quand même l’endroit où le pistard veut passer le moins de temps possible. Souvent le virage est au bout d’une ligne droite où la moto va le plus vite possible. Et on va moins vite dans les virages que dans les lignes droites. Il faut donc tomber un (ou plusieurs) rapport(s) avant le virage, et en remonter après. La plupart du temps, on tombe les rapports en ligne droite, en freinant. Les fesses sont bien posées sur la selle, et le pilote n’est pas en train de se contorsionner sur la moto. Il est donc *facile* de passer son pied sous le sélecteur pour descendre un rapport. Certains puristes pourraient dire qu’il faut parfois descendre un rapport alors qu’on est sur l’angle, comme sur le triple gauche à Lédenon. Certes, mais un virage où il faut tomber un rapport n’est quand même pas ce qu’il y a de plus courant. Et toc.

A contrario, lorsque vous êtes en train de sortir du virage, le corps en dehors de la moto, le genou contre le bitume et le coude pas loin, faire cette gymnastique peut s’avérer compliqué. Alors qu’il est tellement simple de poser son pied sur le sélecteur pour monter un rapport. Et ainsi gagner du temps.

« Ah si seulement j’avais des commandes inversées pour pourrir la Leopard ! »

Intéressant. Et comment qu’on fait m’sieur ?

Si vous partez de votre sélecteur, vous allez voir une tige qui va au moteur. La tige s’appelle la tige de sélection. Elle est terminée par un bras de changement de vitesse qui vient se fixer sur un axe cranté : l’arbre principal de sélection.

Afin de minimiser les efforts pour faire tourner cet arbre principal, la tige de sélecteur et le bras de changement de vitesse sont perpendiculaires. Souvent, le bras de changement est orienté vers le haut ou vers le bas. Pour passer en vitesses inversées, il suffit de le faire tourner à 180 degrés. Et hop, la cinématique de changement de vitesses est inversée. Par exemple, sur une CBR125, quand vous poussez sur le sélecteur, cela va tirer sur la tige, et ramener le bras de sélection (dirigé vers le bas) vers l’arrière de la moto. L’axe cranté va tourner dans le sens anti-horaire. Et hop, vous tombez une vitesse.

Tomber un rapport en vitesses standard

Imaginez maintenant que vous tournez le bras de sélection pour le diriger vers le haut. Le même effet sur la pédale va avoir l’effet inverse sur l’arbre principal de sélection: il va tourner dans le sens horaire. Il faudra alors remonter le sélecteur pour descendre une vitesse.

Bon, le seul problème sur la CBR125, c’est qu’il y a un carter qui empêche de faire cette manipulation si simple. Et qu’il faut donc adopter l’autre solution : jouer sur la jonction sélecteur/tige de sélection.

Ce que nous n’avons pas encore dit, c’est que cette jonction est située sous le sélecteur dans le cas de la CBR125. Il suffirait alors de « retourner » le sélecteur pour que la jonction se fasse au dessus. Et hop, on se retrouve dans un cas inversé par rapport à l’origine.

Dit comme ça, c’est simple. Mais en fait, ça pose des problèmes. On a donc décidé de faire nos propres commandes reculées pour passer les 125 en commandes inversées.

 

A suivre…