Comment transformer votre moto en pistarde de compétition : Partie 3

Salut ! je m’appelle Seb, et je fais de la moto. Et un truc qui m’a toujours intrigué sur les motos de route que tu veux transformer en pistarde de compétition, c’est comment respecter le règlement technique. Alors on va voir ça tout de suite. Reportage.

Étape 8 : la conformité au règlement

C’était notre grande peur, notre hantise. Ne pas passer au contrôle technique la veille de la course. Alors nous avons épluché le règlement technique et l’avons respecté scrupuleusement. Il fallait donc :

  • Démonter la béquille et son contacteur. Elle n’est déjà plus là depuis longtemps. (voir Partie 1)
  • Un coupe-circuit relié au pilote : il est déjà monté et opérationnel. (voir Partie 2)
  • Une dent de requin
  • Un bocal récupérateur de fluides
  • Freiner les vis de purge et les bouchons de remplissage : vis de purge d’huile, de liquide de refroidissement, bouchon du vase d’expansion, bouchon de remplissage d’huile
  • Freiner les vis de fixation de l’étrier de frein avant
  • Remplacer le liquide de refroidissement par de l’eau

Voyons tout ça.

La dent de requin sert à empêcher qu’une main baladeuse se fasse happer par la chaine au niveau de la roue arrière. La technique est simple : il suffit de percer le bras oscillant et d’y fixer la dent. Dit comme ça, ça semble trivial, mais Xavier n’a pas fait le malin quand il était couché sous la moto, la perceuse dans la main, prêt à trouer ce qui relie le pneu arrière au reste de la moto. Au final, ça s’est très bien passé.

Dent de requin authentique en vrai plastique
Et un dernier tuyau pour heu.. l’évacuation du pilote

Pour le bocal, il a fallu associer tous nos neurones (oui, les deux) pour trouver où le placer. La moto n’est pas bien grande et il n’y a pas beaucoup de place perdue. Nous avons tout de même trouvé un emplacement entre la boite à air, le vase d’expansion et l’amortisseur. Super. Maintenant il faut le faire tenir, et surtout y faire aboutir toutes les durites de trop plein : essence, huile, circuit de refroidissement et mise à l’air du réservoir. Déjà, il la fallu les trouver ces durites. La RTM n’aura pas été de trop. Nous avons du en couper certaines et en rallonger d’autres. Enfin, nous avons réussi à toutes les faire aboutir au bon endroit. En ce qui concerne la fixation du bocal, nous avons bricolé un joli support en rivetant des pattes en alu où viendra reposer le bocal, tel un joyau dans son écrin. Quelques trous de perceuse après, les durites viennent se glisser dans le bocal.

 

Allez encore un ptit trou !

Pour le freinage des vis, nous avons d’abord choisi la méthode courageuse : armé de fines mèches et d’huile de coupe, nous nous sommes lancés dans le perçage des vis… quelques mèches cassées après, nous avons opté pour la méthode sûre : acheter des vis percées prévues pour cet usage. Pas très glorieux mais tellement moins prise de tête. Nous avons quand même percé les bouchons en plastique nous mêmes, faut pas déconner. Vient l’étape du freinage. Il peut se faire à la main, mais c’est tellement plus simple et rapide de le faire avec une pince à freiner. C’est une pince plate équipée d’un axe rotatif. On bloque la pince en position fermée, enserrant les deux extrémités du fil à freiner, on visse l’axe, et on tire. La vis sans fin de l’axe fait tourner la pince sur elle même, et le fil est joliment torsadé.

 

La purge du circuit de refroidissement est un joyeux moment. Première précaution : placer la moto dans un endroit dégagé. Ouvrir le bouchon de radiateur, puis prendre une bassine d’une main et dévisser la vis de purge délicatement de l’autre main. Cette précaution est importante car comme la vis est située sur le côté de la moto, le jet de liquide va se diriger sur le côté. D’une main habile vous manipulerez la bassine pour recueillir le liquide adéquatement. Ensuite, il faudra repérer toutes les durites du circuit et les malaxer pour faire sortir toute trace du liquide. Hé oui, il faut tout faire sortir car nous allons le remplacer par de l’eau. Nous avons aussi du purger le vase d’expansion. Malheureusement, il était difficile de le détacher pour le vider. Ou peut-être avons-nous eu la flemme. Quoi qu’il en soit, nous avons opté pour la technique du tuyau d’arrosage : le tuyau dans l’ouverture du vase, et on ouvre l’eau pour chasser le maximum de liquide de refroidissement du circuit. Une fois qu’on a trempé l’extérieur aussi bien que l’intérieur de la moto, on peut enfin remplir le circuit. Nous avons pris de l’eau déminéralisée, pour éviter les dépôts de calcaire. On revisse le bouchon de vidange et on remplit par le radiateur. Il faut bien presser les durites pour faire remonter les bulles d’air. Ensuite on fait tourner la moto et on complète le niveau. Puis on remplit le vase d’expansion (bien respecter le niveau maxi), on refait tourner le moteur et on complète à nouveau.

A noter que notre purge n’a pas été totalement efficace, nous avons eu un avertissement au contrôle technique de la course, car il restait du liquide de refroidissement dans l’eau du circuit. Nous sommes donc bons pour une nouvelle purge avant la prochaine course.

Étape 9 : l’essai

C’est une partie intégrante de la prépa. Il faut valider que nos montages et bricolages tiennent la route, ou plutôt la piste. Une semaine avant la course, on a donc emmené le Petit Pois au Luc. Nous avons pu constater que certaines vis étaient mal serrées (mais ça on aurait pu le vérifier en statique et s’éviter de petites frayeurs… je plaide coupable). Et nous avons eu un assez gros souci sur les commandes reculées : au fur et à mesure des roulages nous perdions des vis, jusqu’au sélecteur qui s’est détaché à moitié la veille de la course. La cause : les filetages des commandes reculées sont de très mauvaise qualité et se foirent quasi systématiquement. C’est l’inconvénient d’acheter des pièces de qualité douteuse, mais nous n’avions pas le choix. Bref, nous mettons systématiquement des écrous et nous ne lésinons pas sur le frein filet.

Enfin, la moto est prête. Le soir avant la course, un commissaire taciturne nous fait passer le contrôle technique. Tout est bon, à part le circuit de refroidissement à purger. Mais nous pouvons la faire, cette course tant attendue. Et le Petit Pois est paré pour une saison de 25Power, voire plus.

Bonus

La prépa, ça ne s’arrête jamais : on peut toujours trouver à améliorer quelque chose, pour gagner du poids ou faciliter la vie des pilotes et des relayeurs. Alors après la première course, on a continué :

  • On a installé un tirage rapide pour faire débouler tous les chevaux d’un coup de poignet,
  • On a changé la démultiplication pour mieux se confronter aux circuits courts : de 15×44 nous sommes passés à 14×46, puis 13×46
  • On a joué les artistes de l’aluminium : araignée et support de pot sur mesure
  • On a finalement supprimé la serrure et le Neiman pour les remplacer par un interrupteur, plus rapide et pratique
  • Et on a bricolé un système de bouchon de réservoir rapide, plus besoin de chercher ou manipuler la clé
L’araignée, l’araignée, en alu c’est bien plus léger

 

Enfin nous sommes passés à l’étape supérieure : après avoir expérimenté les 9 chevaux ET DEMI du Petit Pois à Château-Gaillard, nous avons voulu muscler le moteur. Mais ça on vous le racontera dans un article à part entière.