#PetitPoisRace: le grand jour

Les pilotes ont dormi et même pas trop mal dormi, ce qui est surprenant la veille de leur première course. Il parait que Xavier aurait dit « Gaz en grand » pendant la nuit mais aucune vidéo ne vient le prouver.

Ce matin encore Axel se dévoue pour nous nourrir et on arrive à avaler plus que la veille. Dire que nous sommes sereins serait un poil exagéré, mais nous sommes prêts.

On arrive sur le circuit et première bonne nouvelle : la moto est toujours là. Pendant que le team met en place le stand et branche les couvertures chauffantes, Xavier, Seb et Michel filent écouter le briefing. Et c’est là que la course commence. Ah non, pardon, c’est juste qu’il faut signer la feuille d’émargement et que ça joue un peu des coudes.

Il est l’heure de partir aux essais libres. Une heure à partager entre les deux pilotes. Seb est censé partir pour la première demi-heure mais un souci de botte fait qu’il n’est pas prêt. Xavier s’élance tel un pilote de GP sur la piste mouillée. Et se demande si ce n’est pas une stratégie de Seb pour avoir une piste sèche. Car la piste est en train de sécher, et elle le sera à la fin de l’essai de Xavier, ce qui ne l’empêche pas de faire tomber les chronos. On en profite pour faire une simulation de relais et Seb prend la piste. Les BT39-SS sont chauds, la piste débarrassée de l’eau de la veille, il peut envoyer du (petit) gaz.

 

Le Petit Pois s’ébroue et sort de son stand. La concentration de Xavier est au maximum

Que ce soit Seb ou Xavier, cette session les met en confiance. Certes, ils ne sont pas les plus rapides mais loin d’être les plus lents. Le décalage des chronos entre les deux est constant, sûrement à mettre au bénéfice des 23kg de moins de Seb, ce qui fait un différentiel de 10% sur le rapport poids-puissance (on se rassure comme on peut).

Puis viennent les qualifs. Là, il n’est plus question de tester, il faut envoyer du lourd. Surtout que c’est le meilleur chrono de la machine qui compte : pas de moyenne entre les pilotes ici.

Seb part en premier pour 15mn, puis passe rapidement le guidon à Xavier. A la fin de cette session, 10mn de pause et de debrief nous confortent dans le fait que Seb est plus rapide. Xavier étant chaud, il part au début de la session et améliore son chrono pour signer un 1mn36. Nous sommes dans le dernier tiers du tableau. Il incombe à Seb d’améliorer et c’est ce qu’il fait avec un 1mn35. Michel jette un œil à l’écran et voit que nous sommes 26èmes, sur 35. Pas mal pour une machine stock et une première fois.

La voie est libre pour claquer une pendule !

Puis c’est l’heure de la pause déjeuner, et nos pilotes sont bichonnés, le team manager allant même jusqu’à offrir sa tournée de crêpes afin de fournir à tout le monde le sucre nécessaire aux 3h de la course.

Puis vient le grand moment. Le départ sera fait par Xavier, essentiellement car ça lui tient plus à cœur qu’à Seb. Il est aussi le seul à avoir fait un essai de départ la veille.

Tour de placement, Xavier se voit mettre en 30ème position. Mais euh, c’est pas normal. Bon, en même temps c’est pas le moment de se prendre la tête, on verra plus tard. Le tour de chauffe se fait par vagues, ce qui ne permet pas à Xavier de faire une simulation en conditions réelles. Mais le lancement n’est pas trop mal. Afin de se mettre dans le rythme, notre premier pilote se donne à fond.

La 428 part en fond de grille. La tension monte, Xavier est imperturbable

Puis vient le grand moment du départ. Le speaker demande aux participants de démarrer leur moteur. Xavier cale son moteur à 7500-8000 tours/minute… et rate son départ. Il n’a tout simplement pas vu le signal du départ depuis le fond de la grille. Il part donc une demi-seconde après ses concurrents;  la (non) puissance de la 125 ne lui permet pas de combler son retard. Il est 34ème (et dernier, le 35ème ne s’étant pas présenté) au bout de la longue (pour une bécane de 13cv) ligne droite du Luc.

La Pace Car, tel un berger qui envoie ses brebis batifoler

Devant lui, le troupeau se barre, et là le doute l’assaille : est ce que ça va être comme ça pendant les 3h ? Se faire déposer par tout le monde ? Ah non, faut pas déconner. Surtout que celui qui est juste devant est un vespa. Et que Xavier a beau être un poireau, il a un honneur. Se faire pourrir, soit, mais pas par un scooter italien. Il se lance alors dans la chasse au livreur de pizza. Mais celui-ci a du être formé à bonne école (Rapid’Pizza, livraison en 28mn ou remboursé), et la baston n’est pas évidente. Xavier est plus rapide dans les virages mais le Vespa a une meilleure accélération. Petit à petit l’écart se resserre, confirmé par Axel et Michel au panneautage. Une fois suffisamment proche, Xavier lance une attaque dans l’épingle juste avant la couille de bœuf, mais sa trajectoire est trop large et le scooter en profite pour redoubler. Mais Xavier sait qu’il peut se le faire. Oui, le premier de la course lui a pris un tour alors qu’il en était à son troisième tour, mais la Poirsouille Endurance Team est prête à tout. Alors notre pilote redouble ses attaques, arrivant à hauteur de la Vespa au niveau de la cassure. C’est du mano a mano. Et la petite CBR passe devant. Libéré de cet assaillant, Xavier peut creuser l’écart, apportant un peu de soulagement au reste du team.

Un lutte dantesque, remportée haut la main par le Petit Pois

Au bout de quelques tours, la Pace Car sort, et Michel décide rapidement de panneauter Box afin de faire le relais tout de suite. Axel n’hésite pas et dégaine la bonne info à mettre sur le panneau. Un petit signe de la main de la part de Xavier confirme que le message a été compris. Le pilote ne lâche rien sur ce dernier tour, car même si il sort, il doit conserver le maximum d’écart avec son poursuivant. Une fois arrivé dans les stands, le relais se passe à merveille, Xavier a juste le temps de dire à Seb que le scoot est largement prenable et que Seb peut et doit rester devant.

Quelques-uns de nos concurrents

Seb s’élance donc et commence son relais sous Pace Car. Ce qui lui permet de se chauffer tranquillement. Mais il sait qu’il doit être prêt pour avoir le bon rythme dès que la Mercedes aura rejoint les stands. Et dès que celle-ci quitte la piste, Seb fait hurler les poneys rageurs du Petit Pois. Et il enchaîne les tours. Sa régularité nous fait soupçonner des origines suisses et même les quelques gouttes qui tombent ne le ralentissent pas. Mais lors d’un drapeau jaune, un concurrent beaucoup plus lent le surprend: Seb doit s’éloigner dangereusement de la traj pour l’éviter. C’est une leçon sans conséquence, mais que Seb retiendra.

Grâce au changement de pilote au bon moment, nous sommes en 19e position.

Étirements pré-relais. Des fois qu’il faille donner un coup de tatane à un concurrent. Ah oui, et pour déhancher.

On arrive à la fin du relais de Seb, et Xavier est de nouveau prêt. Lors du passage de relais, Seb confirme que les BT39-SS ont un bon grip. Cette information sera utile car Xavier, en bon chat noir, se prend la grosse averse de la course. Et la Pace Car pendant 8 tours. (D’ailleurs, il cherche un bon marabout).

Xavier prend le départ de son relais, au milieu de la meute

8 tours derrière la Pace Car c’est long, très long. Entre Xavier et la Pace Car, un supermot en 25cv. Derrière, toute la meute, la bave aux lèvres. Le poireau se prépare, et autant le départ a été dur, autant là, pas moyen, il ne va pas se faire pourrir de tous les côtés. Surtout que les pilotes en piste ne sont sûrement pas les mêmes qu’au début, et qu’ils sont (avec un peu de chance) moins rapides que les top guns qui ont pris le départ. Xavier sait aussi que la Pace Car sortira au début de la ligne droite et que la démul d’origine de la CBR ne jouera pas en sa faveur. Il faut donc au maximum anticiper la sortie de la voiture et sortir du virage qui commande la ligne droite avec le plus de vitesse possible. Il guette donc les signes de la reprise de la course et laisse un peu de large au pilote devant pour pouvoir prendre l’AGS avec suffisamment de vitesse, et ça, malgré la pluie bien présente. Et ça paye. Soyons honnêtes, il n’arrivera pas à retenir tous les pilotes mais au final, seule une poignée le doubleront. Et mieux, Xavier peut partir à l’assaut de la supermot qui doit sortir 10cv de plus. Certes, les chances de doubler sont infimes vu la différence de puissance, mais vu que la supermot ce n’est pas de la moto, il ne faut rien lâcher. Le pilote poireau arrivera donc à se montrer à la hauteur de son concurrent, même si le pilotage n’est pas suffisant pour contrer la puissance démoniaque de ce concurrent (comment ça ? on en fait trop ? ).

Le supermot a de la chance et s’en sortira sans tache sur son honneur : Xavier se voit panneauter Box, il doit donc rentrer et passer le relais à Seb. Et comme par hasard, la pluie diminue. Coïncidence ?

Seb avait eu des douleurs musculaires pendant le premier relais, mais ce deuxième relais le voit en pleine forme. Tel un coucou, ses chronos sont prévisibles à la seconde, et son relais ne sera entaché que par un dépassement par un autre pilote sous drapeau jaune (BOUUUUUUH).

Doubler ou être doublé ?
Damned, encore lui !
Tour après tour, on ne lâche rien !

A partir de ce moment là, la routine de l’endurance se met en place. Attention, routine n’est pas péjoratif en endurance. C’est le moment où tout se passe bien, où les pilotes enchaînent les tours sans prendre de risque ni se relâcher. Le moment parfait qui présage une chute ou un ennui mécanique. Sauf que nous on a une Honda et qu’en plus nous sommes des poireaux assumés : pendant que les autres teams passaient du temps dans les stands pour réparer suite à des excès d’optimisme ou changer de pneus pour avoir la gomme la plus adaptée à l’instant, nous roulions à notre rythme, avec nos pneus sport-route. Et comble du bonheur, nous avions en les personnes de Vilo et jTAG des mécanos aux petits soins : nourriture, boisson, de quoi nous couvrir, c’était royal.

Seb passe le guidon à Xavier et c’est le moment de gloire des ravitailleurs : le plein d’essence. On aurait peut-être pu faire toute la course avec un plein, mais nous ne voulions prendre aucun risque. Vous avez déjà vu un ravitaillement du GMT94 en championnat du monde d’endurance ? C’était presque pareil. Sauf que eux font le plein, changent les pneus, les plaquettes et ont le temps de se faire réchauffer une pizza, et que nous, on a fait le plein. Mais surtout nous n’avons pas perdu de temps. En endurance il est dur de gagner des secondes mais tellement facile d’en perdre.

Nos voisins de pit lane devront jouer de la boite à outils pour repartir

Xavier s’élance alors pour son dernier relais, où il double un peu. Mais à part cela rien de notable. Par contre dans le stand de panneautage, la réflexion est à son comble : chaque relais doit faire 30mn maximum, et il faut absolument n’en faire plus qu’un : hors de question de se prendre une pénalité pour relais trop long, et il serait encore moins acceptable de faire un relais de plus, vu que cela fait perdre 1mn15 à l’équipage. Alors Michel calcule et fait sortir Xavier au bon moment, après 29mn48s de relais.

Seb part pour le dernier relais, il sait que la piste est séchante sur la traj. Il enquille donc les tours à bon rythme. Les aléas de la course nous placent  15èmes. Alors il ne lâche rien. Il va même résister aux assauts d’une petite vieille (on parle de moto, bien entendu) pendant quelques tours.

Dans les stands la tension est à son comble. Seb ne doit surtout pas tomber. Grâce au jeu des relais, nous gagnons encore une place : nous sommes 14èmes ! Pour une première course ! Et encore mieux, l’équipage derrière nous a un tour de retard. On peut relâcher la pression. Sauf que Seb sait qu’il a presque fini et il lâche tout. Certes, ce n’était peut-être pas le plus stratégique, mais qui pourrait l’en blâmer ! Et il est tellement dans la course que le drapeau à damiers le surprend. Le dernier tour permet de remercier les commissaires de piste, sans qui la course n’aurait pas lieu. Mais Seb a surtout envie de se retrouver dans les stands pour fêter la fin de la course avec l’équipe. Xavier l’attend dans le parc fermé avec la béquille, les sourires niais fleurissent sur les visages : on l’a fait.

Joie, félicité, et fatigue

Aurélie, la chérie de Xavier, a pu finalement rentrer dans les stands avec leurs filles, ce qui rajoute à l’air de fête dans le stand 428. Pas de champagne mais des sourires, des embrassades, bref, ce qu’il faut pour fêter cette 13ème place. Car oui, nous ne sommes pas 14èmes mais 13èmes, le concurrent devant nous n’ayant jamais passé la ligne d’arrivée.

Rien de mieux que des lardons pour fêter le résultat du Petit Pois

Alors oui, nous n’avons pas fait un podium, mais on s’en fiche : on avait une moto pas préparée, une démul pas adaptée, un meilleur chrono le plus lent du plateau, mais on a joué notre partition comme nous devions le faire. Les secondes que nous ne gagnions pas sur la piste, on les a gagnées en ne faisant que 4 passages de relais, et surtout sans faire de chutes. Et bordel, finir sa première course d’endurance sans soucis, en étant 13ème scratch et 9ème en -15cv, ça fait une bonne base pour la suite.

Car oui, il va y en avoir une de suite. On a déjà envie d’y retourner. Et si sur cette course au Luc on a joué la prudence, notre team manager nous a bien fait comprendre que pour la prochaine il nous pousserait dans nos retranchements, et qu’on devrait bosser sur nos défauts. Ça tombe bien, c’est ce qu’on veut : progresser et se dépasser.

TO BE CONTINUED…

Crédits photo : Olivier Wagner, Léo Fvy, Stéphane Lavignac, Aurélien Grenotton
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