Double ration pour les poireaux

On est gourmands. On n’y peut rien, si on nous propose de nous resservir une part de pizza ou un carré de chocolat – ou même une portion de poireaux -, on ne peut pas refuser. Mais là on a bien failli se retrouver au régime sec.

On avait prévu une journée de roulage double, d’enchaîner les sessions pour se préparer aux relais d’endurance. Mais pour rouler, il faut des motos… et la veille du roulage au soir, on s’est retrouvés avec une moto encore en réparation et l’autre avec un axe de roue arrière foireux. Heureusement les valeureux mécanos de RMS, dont la mission est de sauver le poireau et l’orphelin, nous ont livré la moto manquante directement à domicile, prête à rouler, et un axe de roue de prêt pour l’autre CBR. OK, une des motos n’avait pas encore son shifter. Mais pour le reste on était sur le pied de guerre : nouveaux pneus Avon 3D Ultra Extreme, vidanges faites, nouvelles plaquettes racing. On était prêts à se servir une double ration de piste.

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Autocollants TT1 + TT2 = double ration, on ne se refuse rien !

Tellement prêts qu’arrivés sur place, Seb se rend compte qu’il a oublié sa sacoche à la station service… à 1h de route de là. Plus de peur que de mal, il retrouvera l’intégralité de son contenu, mais pour la journée il se retrouve sans papiers, sans liquide, bref la lose. Tortue Team nous connait bien donc l’administratif se passe sans souci. Allez, c’est parti pour 40 minutes de roulage quasi non stop. Xavier est si impatient de rouler qu’il s’élance en piste quelques minutes avant l’heure, il profite de quelques tours gratuits. Seb le rejoint en piste avec le reste des pilotes. Avec des pneus neufs à tester et des plaquettes à roder, on commence par rouler sur des œufs. Les pneus en 190 sont beaucoup plus faciles à amener sur l’angle, par contre on sent bien que l’arrière encaisse moins bien les freinages de bûcheron. Ça va réclamer une adaptation des réglages. Au bout de 20 minutes, on sort de piste pour se mettre directement en prégrille. La deuxième session débute, on part avec des motos déjà chaudes, les pneus comme le moteur, qu’est-ce que c’est bon ! Et surtout, la fatigue ne se fait pas trop sentir. On finit nos 40 minutes avec la sensation qu’on aurait pu en faire plus. Il se trouve en réalité que les premières sessions faisaient 15 minutes et non 20 … mais on est chauds pour la suite !

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Pendant notre pause, le temps est à la pluie. On avait bien sûr consulté tous les sites météo imaginables mais ils prévoyaient tous de la pluie en fin de journée. Optimistes, nous n’avons pas prévu de pneus pluie, et au pire les quelques rainures des Avon suffiront à évacuer les quelques gouttes n’est-ce pas ?

Pour l’instant effectivement ça reste praticable. Mais la session est interrompue dès le début… quelqu’un s’est planté dans le bac à graviers au premier tour, bravo ! Quelqu’un ? Qui c’est ce poireau ? Hé oui, c’est Seb, qui avec un excès d’enthousiasme a voulu faire l’extérieur à un camarade en entrée de virage. le rupteur en a voulu autrement, impossible de doubler, pas la présence d’esprit de passer un rapport, bref il s’est retrouvé au delà des vibreurs à s’efforcer de tenir sa moto droite jusqu’à s’enfoncer dans les graviers. Alors rentrer dedans c’est facile, mais comment on en sort ? C’est tout penaud qu’il a vu arriver le camion de l’orga juste pour l’aider à retrouver la piste. Consolation : il sait comment sortir d’un bac.

La session reprend et nos deux poireaux en profitent pour se tirer la bourre : Seb fait les freins à Xavier, qui le redépasse à l’accélération au début de la ligne droite. Quand Xavier est devant, Seb le suit à la trace. Et quand Seb est devant, Xavier donne tout, quitte à remettre une louche de gaz un peu trop tôt dans un virage. Une amorce de high side qui le secouera mais ne suffira pas à le mettre au tapis, non mais ! La fête est interrompue vers la fin de notre session par un pistard qui avait décidé de répandre son liquide de refroidissement sur quelques dizaines de mètres. Cela nous amputera une partie de notre temps de roulage, il ne nous restera plus qu’une session de 20 minutes le matin. L’orga a aussi pris la décision de placer des cônes pour éviter la trainée de liquide. En perdant quasiment la moitié de largeur de piste avec une trajectoire redessinée, c’était sûr qu’on n’allait pas péter les chronos.

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Malgré l’ambiance qui restait humide, on avait une motivation supplémentaire de venir à cette journée : on a enfin pu rencontrer Mika, du Journal des Motards ! Il est venu tout droit de Digne (bon OK il y avait quelques virages sur la route) armé de son appareil photo, et d’un axe de roue salvateur glané sur le Bon Coin. Un grand merci à Steph d’avoir joué les intermédiaires, c’est beau ce passage d’axe de roue tel un relais de la solidarité motarde… mais je m’égare. Nous avons discuté des motos, de nous, de notre projet, alors que les gouttes de pluie se faisaient de plus en plus abondantes. Nous sommes partis pour notre dernière session du matin, ayant à cœur de nous appliquer car nous serions pris en photo sous tous les angles ! Et nous nous sommes appliqués … à rester sur nos roues. Car les pneus piste, slicks ou rainurés, n’aiment pas trop la pluie. Nous avons donc adopté un style coulé, ce qui ne nous a pas empêchés de nous tirer la bourre encore une fois, en bons poirsouilleurs.

Nous avons définitivement tiré un trait sur un retour du soleil lors de la pause repas. Nous nous sommes même demandés si nous n’allions pas remballer tout de suite, rassemblés sous une tente à voir les filets d’eau dégouliner. Une accalmie nous a redonné du baume au cœur. Nous en avons profité pour examiner l’état de la piste à pied, et voir si la trace de liquide de refroidissement avait été lavée.

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Tâtons le terrain en tongs

Bien au contraire, la couche d’absorbant s’était transformée en boue. Nous allions donc rester sur la trajectoire délimitée par les cônes le reste de la journée. Mais l’envie nous était revenue et nous étions prêts pour une nouvelle session. Elle a commencé sous la pluie, pour changer, mais peu à peu nous sentions le grip revenir alors que la pluie faiblissait. Les mises sur l’angle étaient moins hésitantes. Les deux pilotes poursuivaient leurs bagarres amicales. Mais malgré toute cette eau, la moto de Seb lui signala sa soif intempestive via le voyant de réserve. C’est à regret qu’il dut rendre la main après que Xavier l’eut dépassé (sinon ce dernier n’aurait eu aucune chance bien sûr).

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Nos deux pilotes allaient-ils continuer l’après-midi à se tirer la bourre sur une piste séchante ? Coupons-là le suspens : pas du tout. Les averses ont repris de plus belle. Seuls quelques irréductibles chaussés de pneus pluie ont continué de rouler (ainsi que les stagiaires qui eux n’avaient pas le choix). Nous avions fait l’erreur de ne pas prendre notre train de pluies, nous avons donc pris la décision de remballer plutôt que de servir de chicanes mobiles ou de nous en coller une.

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Les deux CBR n’ont pas l’air de vouloir quitter leur abri

On aura tiré une leçon de cette journée: toujours avoir ses pneus pluies. Mais on a aussi retiré du plaisir, aussi bien sur piste où on s’est tire la bourre à une allure d’escargot (les chronos sont… Euh… Dignes d’une première fois) mais aussi sur les paddocks. Comme quoi, même cuits à l’eau, les poireaux sont heureux .

Merci à Mika et Christophe les photographes, Thomas, Steph et Seb, Maya et Jonathan et tous les autres, et bien sûr à l’équipe du Tortue Team !

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